Jeudi 03 dcembre 2020

Le Président bashing, c’est à cause d’internet !

Et oui, j’attaque un sujet houleux ! D’après les sondages, la cote de popularité du début de mandat d’Emmanuel Macron a été la plus basse de l’histoire.

Celle de François Hollande n’était guère plus reluisante, mais un tantinet au-dessus, jusqu’à descendre dans les tréfonds de l’opinion publique à la fin de sa présidence.

Depuis ces 15 dernières années, les citoyens français sont de plus en plus pessimistes vis-à-vis de nos dirigeants, et quand je dis pessimistes, c’est un euphémisme. Je dirais plutôt qu’un climat nauséabond s’est installé dans les discussions de M. et Mme tout le monde.

Nos 3 derniers présidents en ont pris plein la poire. Ils ont beau être préparés à ça, je trouve quand même que cela va très loin. Jamais je n’ai vu pareille haine dans les discours de certaines personnes envers le représentant de notre nation que depuis ces dernières années.

Un président de la République, quel qu’il soit, ça se respecte. En tout cas, c’est comme ça que j’ai été éduquée. Quand j’étais gosse, lorsque Mitterrand parlait, d’une part, il fallait se taire et écouter, d’autre part mes parents me disaient « c’est ton président », un peu comme s’il était à moi et à moi seule… j’étais très fière, et répétais inlassablement à chaque allocution télévisée « c’est MON président ». Je vous parle de cette anecdote car pour moi cela a eu 2 bénéfices : tout d’abord, l’esprit patriote, puis l’initiation à la vie politique.

Je me demande bien ce que les petits bouts entendent aujourd’hui de la bouche de leurs parents lorsque Macron passe à la télé… « tiens voilà le président des riches » ou encore « ah y’a Jupiter le dictateur qui vient nous dire ce qu’on doit faire ». Ça c’est la version polie et je m’en tiendrai à celle-ci d’ailleurs.

Avec de telles paroles, ils vont aller loin les mômes. Ils n’ont même pas encore commencé leur vie de citoyen, qu’on leur dit déjà que tout est de la merde, à commencer par celui qui nous gouverne. Quel bel exemple pour leur avenir…

Mais que s’est-il passé réellement ? A quoi est dû ce president bashing ?

1 – La descente aux enfers systématique de l’opinion publique

Retour dans le passé… Lorsque Mitterrand a été élu en 1981 sa cote de popularité était de 74% ! Chirac 64% ! En regardant le graphique, on constate également que cet indice de confiance n’est qu’éphémère et chute inexorablement au fil des mois… cependant… malgré une baisse considérable, la confiance accordée à Mitterrand au 17ème mois de mandat reste très acceptable avec 50% d’opinions favorables.

Macron et Hollande sont ceux qui voient leur popularité dégringoler le plus rapidement, arrivant respectivement à 30 et 23% (Sarkozy n’est pas loin, la descente progressant lentement mais sûrement).

Chirac, c’est le cas à part… un mois après son élection, il annonce qu’il compte reprendre les essais nucléaires afin de terminer ce qui a été commencé quelques années plus tôt (et surtout pour montrer au monde entier qui a la plus grosse). Forcément, ça n’a pas plu… et à 5 mois de mandat il se retrouve au même niveau que Hollande à la même période, qui pourtant avait commencé avec une cote de popularité bien plus bas. Mais notre Jacquot s’est bien repris et a réussi à faire une remontada notable par la suite (ce qui n’est pas le cas de ceux qui lui ont succédé).

2 – Un avant/après 2002

Au vu des chiffres ci-dessus, on constate qu’il y a eu un avant et après 2002, puis en 2007, Sarkozy a été la transition vers ce ras-le-bol généralisé.

Avant 2002, on votait par conviction. La notion de vote sanction n’existait pas encore, et les Français osaient encore espérer que les choses pouvaient changer en bien. Puis Jean-Marie Le Pen passe le 1er tour et arrive au 2ème face à Chirac. Pour la 1ère fois en France, les électeurs votent non pas pour leur président, mais contre l’extrémisme politique. Avec un taux record, Chirac re-signe mais pour 5 ans cette fois-ci.

J’avais 18ans, et avec le recul, je me dis que pour un 1er vote présidentiel, cela a conditionné ma génération pour la suite des événements : voter par élimination et non pas par conviction.

Puis est arrivé Nicolas Sarkozy, que beaucoup ont vu comme l’homme providentiel. Ce qu’il faut de démagogie mais sans en faire trop, une communication au top, et un franc-parler à l’américaine. Les Français, qui avaient l’habitude de la mollesse et de la nonchalance des vieux grabataires qui squattaient l’Élysée et Matignon, ont forcément été conquis. Jeune (enfin plus que les autres), brillant, avec un parcours atypique : il n’a pas fait l’ENA et a commencé son parcours politique comme colleur d’affiche… bref quelqu’un comme vous et moi, les dents un peu plus longues quand même.

Et pour le coup, il a bossé d’arrache-pied. Qu’on soit d’accord ou pas avec ses idées, on peut tous admettre que c’était un hyper actif. Mais la crise de 2008, et autres éléments néfastes, voulus ou non, ont sali l’image que les français se faisaient de ce gendre idéal.

On l’a affublé de « nain », de président « bling bling »… mais ce n’est rien par rapport à ce qu’a subi Hollande, dont le sobriquet le plus utilisé était « Flamby » et maintenant Macron alias « Jupiter » pour ses détracteurs les moins véhéments.

Les surnoms condescendants, c’est la partie émergée de l’iceberg.

3 – L’arrivée d’Internet : les fake news à la portée de tous

Maintenant que tout est mis en place, j’appelle à la barre [de recherche] le principal accusé de toute cette pagaille : Internet.

La toile a commencé à s’installer dans les foyers français au début des années 2000. Avant cela, seuls les plus aisés pouvaient s’offrir un abonnement exorbitant pour une connexion modem 56k et non illimitée. Lorsque Sarkozy a été élu en 2007, internet était déjà bien ancré, Free avait provoqué un ras-de-marée avec son offre tout inclus pour 30€ par mois, et les concurrents avaient été contraints de suivre le mouvement.

Les smartphones n’en étaient par contre qu’à leurs balbutiements, l’iPhone pourtant sorti cette année n’étant pas 3G avait certes amené une véritable « révolution », comme aimait le dire le regretté Steve Jobs, mais uniquement sur le confort d’utilisation.

Un an plus tard, la concurrence sort ses smartphones, 3G pour la plupart, et l’iPhone indétrônable, s’adapte lui aussi au marché et à la technologie.

Toutes les conditions sont donc réunies pour que l’être humain puisse communiquer de manière optimale… toutes ? Presque.

Dans les années 2000, on communiquait par MSN, voire par mail. La messagerie instantanée, désormais disparue, ne servait que de lieu de discussion en temps réel entre amis, mais par mail on s’envoyait beaucoup de PowerPoint (vous les voyez arriver vos cheveux blancs là…?), c’est d’ailleurs par là qu’ont commencé à circuler les 1ères fake news (ou fausses nouvelles puisqu’il faut le dire comme ça désormais).

Mais ce n’était pas pratique, on n’était pas toujours sur son PC pour regarder ses mails, il fallait créer quelque chose où l’on puisse réagir en temps réel.

Et là… roulement de tambour…….Facebook est arrivé.

Parti d’une idée originale, afin de mettre en relation des étudiants d’un campus, Mark Zuckerberg ne pensait certainement pas que son projet prendrait une telle ampleur planétaire. Facebook c’est l’outil parfait : tu peux communiquer avec tes potes, faire partie de groupes avec des passions communes et surtout, SURTOUT, suivre l’actualité… vous voyez où je veux en venir maintenant ?

Facebook, c’est là où le pire a commencé : des groupes extrémistes ont commencé à voir le jour, des sites d’information aux sources douteuses se sont créés par centaines, et des internautes crédules et bon public prêts à partager en masse la moindre info trouvée sans source mais qui agace.

Ces sites liés directement à Facebook ont parfaitement compris comment fonctionnait l’être humain : il est un être sensible. Il s’émeut. Il s’énerve. Il s’insurge. Et son doigt tremblant de colère et/ou d’indignation va cliquer frénétiquement sur « partager » à la moindre occasion, dans le but d’« informer » le monde.

Pire que les sites de fake news, les mèmes internet : ces photos toutes prêtes sur lesquelles on ajoute le texte que l’on veut. N’importe qui peut le faire, ce qui rend l’info plus que douteuse, et pourtant, ces images sont partagées en masse !!! Cela va de la viande Hallal dans les cantines sur fond bleu-blanc-rouge, jusqu’à cette vieille intox concernant la taxe sur les loyers fictifs (qui ne verra jamais le jour mais elle réapparaît tous les ans).

Exemple de fake news

Au-delà de la fausse info, il y a aussi ceux qui aiment bien semer la zizanie, avec de vrais faits mais bien sortis de leur contexte. C’est ce qu’on appelle « les petites phrases », et les champions toutes catégories sont les médias. Journaux, TV, Radio, dès qu’il y a moyen de faire jaser les français, on balance ! Et surtout on met les articles sur Facebook, il faut nourrir la bête qui en redemande toujours plus.

C’est ce qu’il se passe aujourd’hui avec nos politiques. Pas une semaine ne passe sans que Macron soit épinglé pour une petite phrase, dont voici un petit florilège…

« Un pognon de dingue » : oui le social coûte cher chez nous et question efficacité on repassera.

« Les Gaulois réfractaires au changement » : là aussi, tout le monde s’est indigné de cette petite phrase, sortie de la bouche de Macron à l’étranger. Personne n’a relevé le ton humoristique (l’humour noir, ça plaît quand ça arrange), ou tout simplement la véracité de ses propos ! Dès qu’il y a un soupçon de changement, tout le monde est dans la rue ! La France est irréformable !

« Traversez la rue, vous trouverez du travail » : bon s’il l’avait dit à un quinquagénaire, j’aurais compris tout ce remue-ménage, mais là, il parlait à un jeune qui a effectivement par la suite trouvé un job de cariste (il cherchait à la base dans l’horticulture, mais avait posé des CV dans d’autres domaines). Perso, je suis tout à fait d’accord avec cette phrase. Je suis l’exemple-type de celle qui a traversé la rue (bon c’est une image) pour trouver du boulot, et j’en ai toujours trouvé, même enceinte !

4 – Moi, un mouton ?

Ah… j’en vois déjà certains d’entre vous venir à des kilomètres… Notamment les relayeurs de fausses informations : si tu ne penses pas comme eux, tu n’es qu’un mouton. Sauf que moi, ou les autres que l’on appelle « la majorité silencieuse », ne sommes pas naïfs.

La politique française n’est pas parfaite, on peut ne pas être d’accord avec certaines décisions, mais de là à proférer autant de conneries trouvées au hasard sur le web, on se demande qui est le plus naïf !

Vérifiez vos sources, souvent issue de la propagande FN, ou pro-Poutine. Ayez l’esprit critique sans vouloir toujours croire à la théorie du complot, car au final, c’est vous qui êtes des moutons qui croient tout ce qu’on leur balance sur la toile.

N’oubliez pas qu’internet est la portée de tout le monde, et qu’on trouve de tout mais surtout n’importe quoi… Certains ont bien compris comment tout cela fonctionnait, et manipulent les esprits d’une société déjà malade et clivée. Nous n’avons pas besoin de ça.

Pour finir, n’oubliez pas que le chef d’État passe le 1er tour avec environ 25% des voix, ce qui fait globalement 75% d’insatisfaits dès le départ. Et vu la situation actuelle du pays, les décisions conséquentes ne sont pas faciles à prendre, quitte à baisser dans les sondages.

Le pays se doit d’évoluer, cela passe par des réformes difficiles… Mais ça, ce sera le sujet d’un autre article.

A vos claviers, j’attends vos commentaires, et soyez poli-éthiques !