Mardi 29 septembre 2020

Le CDI est mort, vive le contrat unique !

Aujourd’hui, nous allons aborder un point phare de la politique actuelle : le chômage.
Depuis des décennies, des mesures se sont succédées au fil des gouvernements, la loi travail étant le dernier exemple en date.
Vous rappelez-vous du séisme poltico-médiatique que cela avait engendré ? Et pourtant, ce que les syndicats appelaient une loi ultra libérale (LOL) et favorisant le dumping social (re-LOL) s’est révélé être un torchon inutile qui au final n’aura rien changé à notre quotidien.
En France, outre le fait que nous sommes un pays irréformable, nous ne savons pas effacer l’ardoise pour tout réécrire. Nous avons un code du travail vieux de plus d’un siècle, auquel nous avons ajouté des tonnes de lois et autres ordonnances visant à s’adapter à l’évolution des conjonctures, sans jamais vraiment traiter le fond de l’affaire.
Certains spécialistes s’accordent même à imaginer des mesures visant à rendre plus flexibles les contrats de travail. Ils appellent cela la « flexicurité », plus facile à mettre en place selon eux.
Réformer, ça fait peur…
Et pourtant, il faudrait que nos hommes et femmes politiques fassent une bonne fois pour toute preuve de courage !
Je vous propose donc de voir ensemble un début de piste ayant pour objectif d’endiguer cette ère de précarité…

Le contrat unique : un vrai CDI

Le prix Nobel d’économie Jean Tirole dans son livre « économie du bien commun » soulève l’idée d’un contrat unique, qui avait été mis aux oubliettes il y a bien longtemps. Ce nouveau contrat viserait à supprimer le CDI et le CDD, ces derniers étant en opposition et donc entraînant une certaine dualité. En effet, le confort des uns ne saurait exister sans la précarité des autres.
Avec un contrat unique, tout le monde est à la même enseigne, et techniquement en CDI. Si l’entreprise embauche, il sera plus facile pour elle de licencier : en terme de flexibilité il n’y a pas mieux. Mais Jean Tirole souhaite avant tout protéger les salariés, et prône un système de bonus-malus pour les entreprises, comme il en existe aux USA, un genre de « licencieur-payeur ». En clair, si l’entreprise licencie elle paiera des charges sociales supplémentaires (cela servira à financer les indemnisations chômage) mais si elle garde ses employés, elle en paiera moins.
L’idée est plutôt bonne. Même si sur le court terme cela risque d’entraîner une réduction du pouvoir de négociation des employés, à la longue ces derniers pourront y gagner avec un marché du travail stabilisé.
C’est une idée carrément libérale, et ça ne plaira pas aux syndicats qui verront leur pouvoir faiblir… mais en toute logique, une entreprise qui licencie facilement embauche aussi facilement !
Lors de la loi El Khomri, tout le monde criait à qui veut l’entendre qu’on allait être tous virés du jour au lendemain sans ménagement, mais personne n’a envisagé que de ce fait on pourrait partir de notre travail quand on voulait et que les opportunités de carrière seraient alors plus nombreuses… avec le contrat unique, je suis convaincue que ça serait le cas. Et visiblement, je ne suis pas la seule !
Il serait peut-être temps de considérer le terme « indéterminé » au sens propre : nous ne savons pas pour combien de temps nous allons avoir besoin de ce salarié, comme c’est actuellement le cas sur les contrats de chantier, où le contrat est rompu à la fin d’un projet (construction , chantier naval etc.)

Une condition impérative : l’allègement des procédures de licenciement

Pour ce qui est du licenciement et de son motif, il sera peut être nécessaire d’en créer un nouveau. Ceux qui existent actuellement visent principalement le salarié, et le licenciement de type économique reste lourd en terme de procédure.
Je pense par exemple aux baisses d’activité qui peuvent être une motivation de licenciement. Les contrats d’embauche précaires aujourd’hui justifient la plupart du temps une hausse d’activité de l’entreprise, pourquoi l’inverse ne serait-il pas possible ?
En plafonnant les indemnités de licenciement – idée que l’on retrouvait dans la 1ère mouture de la loi El Khomri -, les employeurs seraient moins frileux à l’idée d’embaucher, le licenciement devenant moins coûteux.
Les salariés, quant à eux, ne doivent pas perdre leurs droits, tout cela doit donc être bien encadré, sans pour autant devenir trop lourd administrativement parlant. N’oublions pas que le but final est de simplifier, par de créer une nouvelle usine à gaz.
Petite parenthèse : sur ce type de contrat, l’objectif est également de désengorger les prud’hommes : la judiciarisation des licenciements devra être prévue en amont par le pouvoir législatif.

Un véritable tremplin vers de nouveaux horizons professionnels

Comme je le disais plus haut, l’entreprise paiera « une taxe de licenciement » si elle licencie, cette dernière servira d’abord à financer les indemnités de chômage mais également le reclassement du salarié.
Dans un monde qui bouge, on ne peut plus jurer que nous ne ferons qu’un seul et unique métier dans notre vie, cette époque est révolue depuis longtemps !
Il y a forcément autour de nous des personnes que nous connaissons qui sont passées par une reconversion. Les autres soit par peur, soit par flemme ou manque de confiance en soi, se sont encroûtés dans leur petit train-train quotidien.
Bien-sûr, il y a ceux qui restent dans leur boulot parce qu’ils l’aiment, mais personnellement, je n’en connais pas beaucoup !
Certains métiers très sectorisés, nécessitant de hautes études, sont bien à part (avocats, médecins, notaires…), même s’il peut arriver qu’un ingénieur en aéronautique plaque tout pour ouvrir sa crêperie. Je ne parle pas de niches mais bien d’une globalité de travailleurs.
On nous rabâche depuis des années que la formation est LA solution pour éradiquer le chômage… Les moyens ont pourtant été mis en place à grands coups de DIF, et autres CPF dont peu de salariés n’ont réellement jouis, ou récolté les fruits de ces apprentissages. Encore une fois, la rigidité de l’actuel CDI laisse peu de portes ouvertes à un changement de métier.

Le nouveau rôle de Pôle Emploi

Il y a 10 ans tout rond, la fusion Assedics/ANPE devait révolutionner le retour à l’emploi en un seul et même service public.
Bien que les démarches pour les demandeurs en furent allégées, la crise, la mauvaise gestion, et les objectifs trop ambitieux visant le plein emploi à 5 ans ont eu raison de ce mariage compliqué entre administration, patronat et syndicats…
Qu’en est-il aujourd’hui ? On ne trouve pas plus de travail qu’avant sur le site du Pôle Emploi, les conseillers surchargés sont à la limite du burn-out.
Notons tout de même une évolution positive : avant, seules les annonces des entreprises passant par Pôle Emploi étaient publiées sur leur site. Maintenant, ce dernier est devenu un véritable moteur de recherche d’emploi, regroupant toutes les offres disponibles sur le marché au même titre que keljob, Indeed etc. Même s’il reste encore du travail à accomplir en termes de pertinence ou d’exhaustivité des offres, je trouve que cette évolution est en phase avec le système de stratégie de recherche actuel (et prouve que PE a tiré les leçons de son inefficacité).
Avec un contrat unique permettant l’accès direct à la formation dès la fin de ce dernier, Pôle Emploi pourrait enfin trouver sa voie en servant d’intermédiaire à la reconversion, tout en gardant son rôle de portail vers les offres des sites spécialisés dans la recherche d’emploi. Exit le service de publications propre au PE pour laisser la place aux sociétés privées, bien plus efficientes.
Tout ceci dégagerait un gain de temps considérable pour les conseillers Pôle Emploi qui se consacreraient principalement à la formation des chômeurs.

Conclusion

Conclusion :
Pour moi, un contrat unique est avant tout synonyme de liberté. On simplifie le droit du travail, le droit à la formation est [enfin] valorisé, on enrichit son CV (et son esprit).
Les mentalités doivent changer. Dans une société fluctuante, il est important de s’adapter rapidement aux changements. Le CDI tel qu’il est à l’heure actuelle m’a toujours rebutée, car une fois qu’on se passe la corde au cou, difficile de s’en extirper, la rupture conventionnelle étant de plus en plus refusée. Un CDI, c’est une sécurité, certes, si l’on veut acheter un bien immobilier. Mais si les règles et le code du travail changent, les banques seront bien obligées de s’adapter, comme elles ont su le faire ces dernières années !
Enfin, tout devrait d’abord passer par l’école, qui trace déjà notre route dès le plus jeune âge… d’ailleurs, pourquoi ne pas en parler dans un prochain article ?

J’attends vos réactions en commentaires, et n’oubliez pas… soyez « poliéthiques » !