Samedi 04 juillet 2020

Je n’aime (décidément) pas les pommes… le non amour de New-York

Début septembre, je suis allée avec ma petite famille à New-York… Après des mois d’organisation (réservation de l’hôtel, commande des billets d’avion, planification des visites, etc), mon conjoint et moi étions plus qu’impatients de découvrir la Grosse Pomme !
Il existe un nombre incalculable de sites internet/blogs qui donnent des conseils (souvent utiles je l’avoue) pour optimiser son temps afin de visiter un maximum de lieux. En outre, tous ces sites sont très élogieux à l’encontre de la mégalopole, en commençant même par le nom de domaine des dits sites ! Alors forcément on s’attend à quelque chose de spectaculaire… et au final, j’ai été plutôt déçue, et voici pourquoi.

1 – Une ville qu’on connaît déjà

Finalement, New-York, on la connaît déjà : il existe pléthores de séries/films où l’intrigue se déroule là-bas, des documentaires à foison sur Manhattan (dont une grande partie sur le 11 septembre, mais pas que…), donc forcément une fois arrivés sur place, il n’y pas vraiment d’effet de surprise tant cette ville est surmédiatisée.

Ma première visite a été le gratte-ciel du Rockefeller Center, « The Top of the Rock », la vue sur Central Park est superbe, on dispose également d’un véritable panorama d’où l’on peut voir s’ériger fièrement les plus belles tours de l’île. Ok, ça c’est positif, mais clairement, une fois que tu as vu ça, pas besoin de te ruiner pour visiter chaque gros building car ça sera toujours la même chose… Les prix des visites sont aussi vertigineux que les bâtiments (comme à peu près tout là-bas) et c’est normal, il doit y avoir un budget entretien et rénovation gigantesque, donc il vaut mieux garder ses précieux dollars pour d’autres attractions touristiques.

Par exemple, nous avons ensuite fait l’Empire State Building de jour et de nuit, et là pour le coup je n’ai eu aucune sensation, même si la vue sur Manhattan de nuit est magnifique…

New-York dispose d’un nombre incroyable de musées… et comme ce pays n’a que quelques siècles d’histoire à son compteur, tout est sujet à cloisonner les précieuses reliques acquises un peu partout dans le monde dans de très beaux édifices, certes, mais en totale contradiction avec la modernité de la ville. À croire que le pays, complexé par le peu de patrimoine historique dont il dispose, cherche à se rattraper en proposant tout et n’importe quoi du moment qu’on trouve le bon pigeon touriste pour payer… Bref trop de musées tuent le musée. Je recommande tout de même le mémorial du 11 septembre qui est juste saisissant, le musée des indiens d’Amérique (enfin un peu d’histoire et de reconnaissance envers ce peuple), ainsi que le musée de l’immigration sur Ellis Island qui est un superbe hommage à ces personnes venues avec rien et qui ont bâti la ville.

Une fois l’enfermement dans les musées terminé, il reste quand-même quelques incontournables à voir: une comédie musicale à Broadway (nous c’était Frozen et cela restera mon meilleur souvenir du séjour. Là, on en prend plein les yeux), Brooklyn, havre de paix sur la promenade Brooklyn Heights, en remontant le mythique pont du même nom, et Central Park, le poumon de la ville. La statue de la liberté est à voir, mais là non plus je n’ai pas été éblouie car trop vue à la télé…

2 – La météo

Alors pour ce point je vais faire plus court : quel temps pourri ! Nous sommes partis début septembre… pensant échapper à la chaleur étouffante de l’été… que nenni ma p’tite dame ! Les 3 premiers jours étaient juste invivables tellement il faisait chaud… sauf que dans les musées ça caille grave ! Leur clim est réglée sur 16/18, même chose pour les restos ! Résultat des courses : direction les urgences avec un bébé de 2 ans qui a 40 degrés de fièvre ! Pour la modique somme de 1 350$ ! Ça fait cher la prise de pouls et de température… (oui oui, ils n’ont fait que ça et lui injecter un médoc dans la bouche).

Bon, tu te dis que le séjour commence mal… mais bon Pupuce va mieux 2 jours après, alors on continue notre planning de visites ! Il a plu TOUS.LES.JOURS. Et quand il pleut là-bas, c’est juste dégueu… pas de système d’évacuation des eaux dans les rues (ou très peu), les égouts qui datent de Mathusalem, si bien que les eaux stagnantes sont légion les jours de pluie (je vous laisse deviner à quoi elle est mélangée), je parie que chaque new-yorkais a déjà été dégoûté, quand par inadvertance (ou jambe pas assez longue pour enjamber la mare) son pied a atterri dans une de ces fameuses flaques bordant les trottoirs… Par la suite, j’ai appris que c’est ça New-York : soit il fait une chaleur étouffante à cause des buildings, soit il pleut… la grisaille ne fait plus qu’un avec le béton environnant. Quant à l’hiver il fait un froid de canard…

3 – Une ville bruyante

En sortant de l’aéroport, on est déjà mis dans l’ambiance : les navettes et les taxis klaxonnent, les mecs se hurlent dessus, le bruit des moteurs, les sifflets des policiers… c’est déjà le brouhaha à peine le pied posé sur le sol américain.

Notre hôtel était au cœur de Manhattan, en plein Hell’s Kitchen plus précisément, et à 5 minutes de Time Square, donc pour la tranquillité on repassera, mais c’était un choix réfléchi car au moins on était à côté de tout. Et cela a un prix (dans tous les sens du terme)… qu’il fasse jour ou nuit il y a toujours du bruit, les voitures, les sirènes et autres klaxons rythment le quotidien de la Grosse Pomme… qui a pour réputation d’être « la ville qui ne dort jamais ». L’expression prend tout son sens quand tu sors fumer une cigarette à 23h et que la petite rue assez calme (vu le quartier) est bercée par un concerto de moteurs de climatisation qui ronronnent tous en chœur. Chaque fenêtre a sa petite clim accrochée et ça tourne H24, même dans les bureaux alors qu’il n’y a plus d’employés, la lumière reste allumée toute la nuit et l’air conditionné aussi… pas très écolo pour une ville qui se dit ultra bobo…

4 – Une ville surpeuplée

Ah nous y voilà ! Je crois que c’est la chose la plus désagréable que j’ai vécu là-bas.>>>Je ne suis pas naïve hein, quand tu vas à New-York, une des plus grosses mégalopoles de la planète, tu ne t’attends pas à trouver la même ambiance que dans le fin fond de la Creuse… Je suis allée à Los Angeles il y a quelques années et je n’ai pas vécu du tout le même séjour, et pourtant c’est une fucking big City !

Manhattan, comme tout le monde le sait, est une île, une belle et grande île bordée par l’Hudson et l’East River. Mais visiblement pas assez grande pour accueillir les millions de pieds qui la foulent chaque jour. Pour vous donner un ordre d’idée, la densité seule de Manhattan est de 25 000 habitants/km2… 10 000 pour la ville de New York dans son intégralité. C’est juste énorme ! En comparaison, Tokyo qui est la ville la plus peuplée au monde avec ses quasi 14 millions d’habitants (8 millions pour NYC) reste moins dense avec seulement 6 000 habitants/km2.>>>Donc avec ces données, on peut clairement imaginer le bazar quotidien que cela doit être… Je vais tenter d’imager mes propos : rappelons que nous étions en poussette, avec une chaleur caniculaire au début, puis le déluge de Noé jusqu’à la fin. Donc avec tout ça à gérer, tu ne fais qu’attendre aux feux rouges, zigzaguer entre les passants en veillant bien de ne pas les éborgner avec ton parapluie estampillé « New-York » acheté en urgence, parfois [souvent] on se bouscule les uns les autres, et quand on rentre quelque part, il faut toujours attendre…. car il y a constamment une file d’attente pour quelque raison que ce soit… une file pour les visites (bon on est en vacances, et c’est une ville très touristique), une file à la pharmacie (pas la petite file de l’officine près de chez toi, là je te parle d’une vraie file d’attente en zigzag avec l’écran qui t’indique quand une caisse est libre), une file d’attente dans les grands magasins, dans les restos et même aux feux rouges on attend toutes les 2 minutes que le feu passe au vert (ou plutôt au blanc chez eux) vu que les rues sont très proches les unes des autres. Pour ce dernier point, si tu as de la chance et un rythme de marche régulier tu peux avoir tous les feux de ton côté pendant quelques centaines de mètres (mais ça ne dure pas).

Bref la patience est de rigueur…

5 – Tout le reste

Ici, c’est la partie « fourre-tout ». Des faits qui n’ont pas forcément de rapport les uns avec les autres mais qui m’ont marquée.

Tout d’abord, ce qui m’a beaucoup attristée, c’est l’extrême pauvreté présente dans tout Manhattan. On assiste à une véritable lutte des classes à ciel ouvert. Les costumes à prix exorbitants côtoient au quotidien les SDF dans Wall Street, dans l’ignorance la plus totale. On marche vite, on court après le précieux dollar, on ignore la réalité qui se présente sous ses yeux. Les plus démunis taxent des dollars aux touristes, déambulent dans le métro criant à qui veut l’entendre leurs profonds désarrois. J’ai vu à plusieurs reprises une femme sous la pluie qui hurlait en secouant son gobelet avec les quelques pièces qui se trouvaient dedans… les vétérans abandonnés par la nation aussi font la manche, bref on trouve de tout. Lors des fortes chaleurs du début du séjour, des noirs vendaient dans des glacières rudimentaires de petites bouteilles d’eau à 1$ : eux aussi ont compris que tout n’est que business dans cette mégalopole. La détresse et la réussite sociale se rejoignent chaque jour dans cet immense réacteur humain.

Justement, concernant l’humain, parlons de l’accueil des clients dans les magasins. Moi qui étais enchantée de la gentillesse des Américains à Los Angeles, j’ai été extrêmement déçue des New-Yorkais. Pas de sourire, pour certains, pas même un bonjour, l’amabilité ne fait pas non plus partie de leur vocabulaire. On ressent une espèce de méfiance envers les gens. Je pense en particulier au grand magasin Century 21 près du World Trade Center, les vendeuses sont exécrables à souhait. Heureusement, il y a quelques exceptions…

Dans un blog que j’ai lu en revenant de mon séjour, un des rares insatisfaits de NYC (oui il en existe quelques uns !) parle du fait que la ville est trop gay friendly… que durant ses quelques années vécues sur place il en voyait partout et que ça le dérangeait (ironie du sort, il est lui-même homosexuel !). C’est un point que je trouve positif. Je ne pense pas qu’ils soient plus nombreux ici plutôt qu’ailleurs, mais qu’au moins là-bas, ils ne se cachent pas, certainement parce qu’ils ont moins de chance d’être victimes d’un acte homophobe qu’à Paris. J’en ai croisé quelques uns, de là à dire que c’est la gay pride, c’est peut-être un poil exagéré. Après je n’y suis restée que 9 jours, mais quand bien même, serait-ce finalement un problème ? Dans une ville où tout le monde s’ignore, en quoi le fait de voir des gays à tous les coins de rue serait gênant ?

Enfin, j’ajouterais que le sentiment qui ne m’a pas quitté durant mon voyage, c’est cette impression d’être en danger, certainement dû à cet environnement oppressant omniprésent. Ou est-ce les restes du 11 septembre qui trottent dans mon subconscient ? Je ne pense pas. Même si bien-sûr, on pense à cet horrible événement régulièrement (n’oublions pas que nous étions en pleine période de commémoration), le temps panse les blessures et 17 ans après on ne vit pas les choses comme si elles étaient survenues 2 ans plus tôt.

Petite parenthèse: je vis à Toulouse, où l’usine AZF a explosé 10 jours après l’attentat du 11 septembre, un véritable traumatisme venu s’ajouter à celui qui avait ému le monde entier, et Mohamed Merah quelques années après. Les Toulousains connaissent parfaitement les lendemains amers, tout comme les Parisiens en novembre 2015. Parenthèse fermée.

J’ai réfléchi à ce qui m’a donné ce sentiment d’insécurité… Je suis quelqu’un de plutôt fort psychologiquement, donc pourquoi ? Et bien tout simplement pour toutes les raisons évoquées précédemment qui font que je n’aime pas cette ville… trop de monde pour peu d’espace, trop de béton… je me suis même demandée si Manhattan un jour disparaîtrait de la carte à cause de sa surexploitation. Je ne croyais pas si bien dire… quelques semaines après mon retour, je tombe sur un documentaire passionnant retraçant l’histoire de l’île et les agrandissements artificiels qui ont été créés il y a quelques décennies afin de construire [encore] d’autres immeubles. Le problème qui se pose aujourd’hui, ce sont les grosses tempêtes à répétition, conséquence du réchauffement climatique. Durant les siècles précédents, il n’y en avait qu’une par siècle, maintenant elles sont de plus en plus rapprochées et les ingénieurs rivalisent d’idées pour éviter que Manhattan se retrouve sous les eaux telle l’Atlantide des temps modernes. Flippant, hein ?

Pour ceux que cela intéresse, le docu s’appelle « Sauver New-York ».

6 – Un peu d’histoire

Durant les 9 jours que j’ai passés là-bas, je n’ai pas arrêté de penser à ce [grand] lopin de terre qui a été acheté aux indiens (les Lenape) 60 florins par Peter Minuit le Néerlandais en 1626. En soi, ça faisait une coquette somme pour une époque où on n’achetait rien mais on envahissait les terres de ces pauvres indiens qui n’avaient rien demandé… Ici, ce fut une négociation rondement menée et qui au regard des historiens, restera la plus rentable de toute l’histoire des USA.

Donc en se promenant dans ces rues bruyantes et surpeuplées, je n’ai cessé de penser qu’il y a encore 400 ans, cette terre était vierge de toute pollution ; seuls les forêts et les marécages dominaient celle qui fut d’abord appelée « New Amsterdam ». Je tentais d’effacer chaque tour de béton pour imaginer le havre de paix que cela pouvait être… Sur la toile, il existe une carte qui reconstitue New-York telle qu’elle était lorsque les 1ers colons sont arrivés… et c’est plutôt édifiant… ici le lien https://welikia.org/m-map.php.

Des milliers de chantiers titanesques plus tard, créés par des ingénieurs ambitieux dont l’unique but était d’accomplir LA prouesse technologique du siècle (cf la guéguerre entre l’Empire State Building et le Chrysler Building), l’exploitation de centaines de milliers de « migrants » venus de toute part pour mettre en œuvre ces projets fous… et nous voici dans la Grosse Pomme. Les garçons d’écurie afro-américains de la Nouvelle-Orléans surnommaient ainsi New-York… car le must dans une vie de jockey était de concourir dans cet État dont la récompense au début du XXème n’était autre…je vous le donne en mille, qu’une pomme !

John J. Fitzgerald, chroniqueur hippique, entendit cette expression par ces mêmes garçons noirs et en fit le titre de sa chronique. Les années passant, les chanteurs de Jazz utilisèrent l’expression pour imager le trac dans leur gorge avant de chanter sur les scènes prestigieuses de NYC, puis les publicités touristiques se servirent de l’expression dans les années 70… bref toute une histoire !

7- Conclusion (enfin !)

Oui j’avais beaucoup de choses à dire ! J’ai vidé mon sac et ça m’a fait du bien.

Maintenant, je sais que je ne ferai plus la même erreur : je suis allée 2 fois aux USA, et je me suis cantonnée à chaque voyage dans la ville où je me trouvais… donc déçue… les États-Unis, c’est vraiment un chouette et vaste pays. De ce fait, j’ai compris qu’il ne fallait pas avoir peur de bouger d’un endroit à l’autre. Faire des road trips, c’est ça la solution. Par exemple partir visiter Boston quelques jours, enchaîner avec New-York et finir avec Washington.

Los Angeles m’avait moins déçue mais je trouvais qu’il n’y avait pas grand chose à faire là-bas. Et bien, faire un road trip LA-Las Vegas-San Francisco alors !

Pour les plus courageux (perso c’est mon rêve), tenter de remonter les traces de la route 66 (qui n’existe quasiment plus) en partant de Chicago, Grand Canyon, Las Vegas, Vallée de la Mort et terminer par LA. Yellowstone aussi est à voir, ainsi que d’autres sites naturels où on en prend plein les yeux.

Et vous ? Qu’avez-vous pensé de votre voyage aux USA ? Êtes-vous d’accord ou pas avec mon point de vue sur NYC ? J’attends vos réactions « polieséthiques » 😉